Compte rendu Club ciné n°1 : « Quand le cinéma fait son cinéma »

Nous nous appuierons sur les trois films que nous avons choisi de projeter : Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, Once Upon a time in Hollywood de Quentin Tarantino et La Rose pourpre du Caire de Woody Allen.

Cinema Paradiso se penche sur l’enfance du personnage principal, Toto,
dans un petit village sicilien des années 40. Son attachement au cinéma tout au long de sa vie occupe la place centrale du film et compose un véritable hymne au 7ème art. On suit l’évolution du protagoniste avec en filigrane celle de la salle de cinéma et des techniques de projection. Cet arrière-plan permet une réflexion sur la place du cinéma chez l’individu et dans la collectivité tout en proposant un joli conte.

Once Upon a Time in Hollywood se situe en 1969 au cœur de l’apogée du
mouvement hippie. Histoire et fiction s’entremêlent pour réécrire le meurtre de Sharon Tate par les membres de la “famille Menson”. Sur un fond de plateau de tournage, un acteur en déclin et sa fidèle doublure représentent à travers leurs aventures la nouvelle vague de cinéma hollywoodien. L’occasion pour Tarantino de rendre à la fois hommage à sa passion et de redessiner le passé.

La Rose pourpre du Caire met en scène une mise en abyme du cinéma avec une aventure hors du commun vécue par la protagoniste Cécilia. Afin de s’échapper de son quotidien morose, celle-ci se prend de passion pour le film alors en vogue dans les salles de cinéma : “La Rose Pourpre du Caire”. Dans ce film, c’est la frontière entre fiction et réalité qui est franchie par Woody Allen lorsque le personnage principal du film vu par Cecilia traverse l’écran de la salle pour la rejoindre.

D’autres films argumenteront l’article et nous vous proposerons à la fin une liste plus complète de films et de séries entrant dans le thème.

“Faire tomber la limite entre la réalité et la fiction”

Parler du cinéma dans les films met en lumière un des pouvoirs premiers
de cet art, celui de transcender la réalité. Si reproduire le réel en créant une fiction permet de s’évader du quotidien le temps d’un film, Woody Allen se joue des codes dans La Rose pourpre du Caire et fait tomber la limite entre la réalité et la fiction. Cette limite symbolisée par l’écran de cinéma est franchie à plusieurs reprises (dans un sens comme dans l’autre) troublant d’abord le personnage principal, Cécilia, alors en position de spectateur dans la salle de cinéma. Une fois la magie acceptée par les personnages, c’est à nous en tant que spectateurs de mettre notre raison de côté pour accepter que notre imagination prenne le dessus et interprète le film.

La Rose pourpre du Caire (1985), Woody Allen

Dans Mulholland Drive, c’est l’effet inverse qui est recherché. L’interprétation du film n’est possible qu’après le dénouement, et la raison est nécessaire à la compréhension des images. Le réalisateur, David Lynch utilise ici aussi du pouvoir de la fiction pour perdre le spectateur et se jouer de lui. L’environnement du cinéma est encore une fois propice à créer le mensonge et à reproduire la confusion entre la réalité et la fiction.

Comme dans beaucoup de ses films, Woody Allen joue sur la rationalité et l’imagination dont l’Homme est capable. Si dans La rose pourpre du Caire c’est le scénario qui permet ce jeu, le réalisateur peut aussi produire engager la rupture entre fiction et réalité grâce à d’autres procédés. Dans le moyen-métrage Lux Aeterna, Gaspar Noé use de dispositifs cinématographiques (stroboscopie, structuration de l’écran déboussolante, musique classique donnant un effet apocalyptique) qui font du spectateur un véritable cobaye et propagent l’enfer du tournage jusque dans la salle.

Lux Aeterna (2020), Gaspar Noé

Ce pouvoir de déformation du réel dans la fiction peut aussi être utilisé
pour réécrire le passé, grâce au genre appelé “uchronie”, la fiction intervient pour changer le cours de l’Histoire. Ainsi, dans Once upon a time in Hollywood, Quentin Tarantino détourne le tragique destin de Sharon Tate en créant deux personnages fictifs et en les incluant dans l’Histoire. Le réalisateur fait ici intervenir un “et si” pour offrir un autre destin. Le pouvoir de la fiction et du cinéma est donc utilisé comme une baguette magique qui permet la transformation à la fois du réel et du passé.

“Briser le contrat tacite qui lie le réalisateur au spectateur”

L’art est conçu par l’artiste, mais aussi par le spectateur. Aussi, que ce soit au théâtre comme au cinéma, la prise en compte du spectateur a toujours été centrale dans la construction de l’œuvre. Cependant, dans ce cycle “Le Cinéma dans le cinéma” on peut dire que celle-ci est plus explicite. En effet, à la manière du théâtre moderne qui a fait du spectateur un acteur à part entière, parler de cinéma , c’est briser le contrat tacite qui lie le réalisateur au spectateur.

Alors que regarder un film pourrait être une action passive, l’inclusion du sujet de “cinéma” au cinéma fait du spectateur un acteur pleinement conscient. La supercherie n’existe plus puisque la dimension fictive revient toujours à lui. Le spectateur-cobaye de Lux Aeterna reste conscient que les effets qu’il subit proviennent d’une fiction. Le film est ainsi une démonstration de la force des procédés cinématographiques mais maintient le spectateur dans une posture critique. L’action, qui se déroule sur un tournage, révèle l’envers du décors du processus de création. Cette mise en abyme est renforcée par le scénario, ébauche d’une réflexion autour du cinéma ; en particulier lors de la scène d’ouverture, dialogue entre la réalisatrice (Béatrice Dalle) et l’actrice (Charlotte Gainsbourg) autour du cinéma.

Mais ce rappel peut aussi être fait via la caméra. Alors que Stanley Kubrick s’applique à nous faire oublier cette dernière en recherchant la perfection du mouvement afin d’atteindre le réalisme le plus pur (cf travellings), certains réalisateurs usent au contraire de la caméra pour nous rappeler que le film n’est que fiction. Ainsi, dans l’Oedipe roi de Pasolini, la présence du réalisateur apparaît à l’écran lors des séquences en caméras portées.

Shining (1980), Stanley Kubrick

Cependant, si on prend le cas de Cinema Paradiso, le “cinéma dans le
cinéma” engage le spectateur dans un voyage historico-poétique, au contraire d’une réflexion métaphysique comme il était question précédemment. La force de la relation entre l’écran et le spectateur est au centre du film qu’il soit question de l’expérience personnelle du cinéma au travers la vie de Toto ou l’expérience collective avec les scènes du public à l’intérieur des salles de cinéma. Dans ces scènes, la puissance sonore et visuelle traverse l’écran et touche directement le public qui vit les émotions retransmises.

Cinema Paradiso (1988), Giuseppe Tornatore

Ce sentiment d’identification est très fort dans Cinema Paradiso et
constitue un véritable hymne à l’amour du cinéma. Vu à notre époque, il
questionne également notre rapport au grand écran à l’heure où les plateformes de VOD connaissent un succès fulgurant. Malgré tous les aspects bénéfiques de ces plateformes, l’expérience collective laisse place à l’expérience personnelle et le grand écran disparaît derrière le petit écran.

Juliette Noel & Ysé Mercury

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