« Les Sept de Chicago »

Les États-Unis comme maîtres du monde, opposés à l’effrayante Union Soviétique sous l’égide de la Guerre Froide. Une guerre à l’autre bout du monde, meurtrière, morbide, dénuée de sens. L’opinion publique déchirée par les mouvements des droits civiques qui font voler en cendre la ségrégation raciale qui a rythmé le XXe siècle, mais aussi un voile d’admiration qui planait sur le pays de l’Oncle Sam. Les années 60 marquent pour cette grande nation une décennie de rupture, de bouleversement et majoritairement de remise en question, et Aaron Sorkin nous propose une illustration d’un évènement à l’image de cette période : le procès des 7 de Chicago. Entre une démonstration des rouages juridico politiques étasuniens, et une mise en lumière de la lutte des droits civiques, ce film retrace un procès polémique et éreintant. La question centrale qui siège au tribunal : qu’est-ce qui réunit ces sept hommes ? Ont-ils collaboré pour un acte de défiance du régime américain ?

Le point de départ de cette affaire est la Convention démocrate de 1968 à Chicago, où des manifestations pacifiques interdites par la municipalité dégénèrent en un affrontement généralisé et violent avec les forces de l’ordre. Là où les accusés, avec en tête Tom Hayden, Abbie Hoffman, Jerry Rubin et David Dellinger, clament n’avoir jamais aspiré à manigancer,
la juridiction en pense autrement. Le procès, qui s’étale tout au long de l’œuvre, semble être constamment en proie de subjectivité, les avocats de la défense médusés par le comportement du juge. Des organisations à l’instar du Youth International Party ou des Students for a Democratic Society, qui luttent activement contre la guerre et l’injustice, sont dépeintes comme agressives, criminelles, d’autant plus que le désarroi des prévenus les fait sombrer dans d’hostiles rejets des discours portés à leur encontre. La portée politique du débat est révélée progressivement dans le film et met en tension la validité des charges avec la décision des institutions de se liguer contre ces hommes.

Le deuxième axe de l’œuvre est la présence de Bobby Seale, leader des Black Panthers, lors du procès. Pourtant, il n’avait aucunement pris part aux manifestations de 1968 et s’insurge d’être inculpé alors qu’il avait passé seulement quatre heures à Chicago ce jour-là. Privé d’avocat et victime d’une discrimination constante allant jusqu’à une violence physique
dans l’enceinte même du tribunal, son cas est révoltant et permet de constater encore une fois le manque de sens de ce procès, qui a soulevé une partie de l’opinion publique américaine. Par la suite, 78% des avocats de Chicago qualifieront le juge Julius Hoffman d’incompétent.

Il n’est pas de mon ressort de vous dévoiler le jugement final ni les rouages qui ont mené ce procès célèbre de l’histoire américaine. Mais entre dénonciation de la guerre du Vietnam, immersion dans le combat des droits civiques aux États-Unis et mise en lumière de la réalité du racisme au lendemain du Civil Rights Act, cette œuvre vaut le coup d’œil et constitue une manière de s’informer sur des sujets centraux de la seconde partie du XXe siècle, malheureusement remis aux goûts du jour en 2020.

Margaux Audinet

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