Vulgaire vulve – quand l’œuvre Diva questionne le rapport de notre société au sexe féminin

Sur la colline d’un parc au Brésil, l’artiste plasticienne Juliana Notari a installé une sculpture géante de … vulve. Cette œuvre de land art qu’elle a nommé Diva mesure 33 mètres de long, 16 mètres de large et la cavité représentant le vagin s’enfonce à 6 mètres de profondeur.

Comment briser un tabou ? La question est complexe et les remèdes chronophages, mais l’art nous donne une piste : représenter l’indicible en très très grand format et dans son état le plus intact. Réintroduire de la normalité, là où elle a disparu ; c’est la réponse de Juliana Notari au tabou qui entoure la représentation du sexe féminin. Avec cette imposante sculpture rouge vif, l’artiste a en effet fait sensation. Son œuvre s’inscrit dans une démarche volontaire de provocation. Juliana Notari apostrophe les promeneurs et notre société. Non seulement, elle empêche le spectateur de détourner le regard, mais l’artiste veut aussi secouer les mentalités, en particulier dans son pays le Brésil, où le Président d’extrême droite Bolsonaro impose une ligne très conservatrice et hostile aux artistes. Pourtant c’est surtout, et comme bien souvent, grâce à la polémique autour d’un message publié par sa créatrice, que la sculpture s’est fait connaitre : “[to] question the relationship between nature and culture in our phallocentric and anthropocentric western society” (vous m’excuserez de ne pas m’abaisser à l’exercice intellectuel de la traduction). Je vous avoue que j’ai d’abord dû chercher la signification de phallocentrisme : dominance du symbole de phallus (pénis en érection). Donc vous l’aurez compris, avec Diva, Juliana Notari questionne la société sur son rapport à l’exhibition des sexes dans l’univers collectif. Alors qu’on retrouve des dessins du sexe masculin un peu partout, de nos cahiers de collégiens, au mur d’un immeuble voisin, en passant par les chaises de la bibliothèque, il règne un tabou autour des représentations du sexe féminin.

L’art peut se révéler être une arme puissante et efficace, car il est lisible par tous et il appelle à la réflexion avec parfois seulement une représentation simple du trivial. L’habilité de l’artiste est de nommer son œuvre “diva“ et de non seulement personnifier la vulve, mais aussi de montrer l’extraordinaire de l’ordinaire. A travers ce titre, elle souhaite donner au sexe féminin la notoriété de célébrités, voire de divinités, si on remonte à l’étymologie latine du mot diva. Sur ce point, cette œuvre rappelle L’origine du monde de Gustave Courbet, tableau datant quant à lui de 1866 ! Habitué à scandaliser par la représentation en grand format de scènes domestiques, alors que les grandes toiles sont traditionnellement le privilège des tableaux historiques ou bibliques, Courbet avait cependant opté pour le petit format afin de peindre le sexe féminin. Néanmoins son titre L’origine du monde prête à réflexion. Alors que le Dieu créateur est très représenté dans l’iconographie, qu’en-est-il de l’organe génital féminin qui pourtant lui aussi, permet de créer l’homme et la femme ?

Pour finir, j’aimerais vous inviter à contempler le travail de la jeune artiste @zinteta sur Instagram. Elle peint sur la peau des femmes des vagins ou encore des vergetures aux motifs colorés. Pour elle, il s’agit d’un moyen de sublimer le corps de la femme, et ce, même avec ses imperfections, afin d’encourager l’acceptation de soi et de son corps. Elle souhaite également montrer que le vagin n’est pas seulement un symbole de fertilité, mais aussi de liberté.

Eloïse Guillaud

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