Zoom dans le monde des photographies corporelles

Des statues antiques aux esquisses de nos artistes génies, de la surexposition au tabou. La place du corps humain dans l’art est inestimable, qu’importe l’époque, le lieu ou l’âge. Il ne s’agit pas de faire ici une typologie des façons de montrer le nu dans les milieux artistiques, ou encore de vous offrir une chronologie précise du sujet : nous parlons de photographie, ce qui restreint déjà grandement la chose.

La photographie est un art récent, souvent méconnu, et déprécié aujourd’hui par l’accès immédiat des smartphones à des caméras performantes. Peut-on considérer que les clichés nus qu’une adolescente envoie à son/sa amant(e) sont des photographies artistiques corporelles, cela constitue un autre débat, mais force est de constater que les plus grands noms de la discipline se sont attachés à représenter le corps. Le photographe, une fois armé de son fidèle appareil, cherche toute ressource artistique à exploiter autour de lui : une lumière, un oiseau, un bâtiment, un arbre. La muse est l’essence même de l’aspiration photographique, et le corps humain représente un terrain de jeu infini : sourires, regards, positions, réactions, formes et courbes. L’humain est à la fois architecte et poète, paysage et acteur. On comprend alors ici l’intérêt particulier qu’il peut représenter à photographier. 

Nude, Edward Watson

J’ai choisi de vous faire découvrir trois œuvres qui me serviront de support, issues de trois photographes incontournables : Edward Weston, Imogen Cunningham et Herbert List. 

Amor II, Herbert List

Ce qui semble particulièrement intéressant dans la photographie du corps est la pluralité dont elle est synonyme. Lorsqu’on voit un nu, quel que soit le style artistique, on ne pense jamais à de la pornographie, pourtant il faut bien avouer que les deux partagent une similarité indéniable. Pourquoi ? L’art s’invite dans les choix du photographe pour sublimer ce que représente initialement un corps, il exalte l’émerveillement mystérieux pour l’homme inhérent à notre société entière. Le corps nu, c’est à la fois un objectif animal absolu et l’objet d’interdits, le synonyme de normes conditionnant toute société et un tabou historique, il est à la fois démystifié et manipulé avec des mains tremblantes. Les artistes que je vous propose de découvrir n’ont pas hésité une seule seconde, n’ont pas tremblé en pressant sur la détente de leur appareil. Ils dépassent les conceptions classiques du corps, l’insèrent dans un ensemble artistique et complet, et il y devient épanoui et parlant. Là où le personnage imagé par Weston semble flotter hors du temps, à la fois immobile et en chute libre, la femme que photographie Cunningham est d’une sérénité indiscutable, figée dans un calme imperturbable. J’avoue avoir une affection particulière pour le cliché de List, qui exprime à la fois force et délicatesse, mystère et ouverture : les gouttes d’eau s’éparpillent sur le corps de l’homme en créant un magique contraste, et on est irrémédiablement intrigué par l’arrière-plan qui nous invite à marcher sur le sable avec lui. Le point commun entre Nude, Nude on Couch, et Amor II ? Ce sont des œuvres intemporelles qui ont le pouvoir absolu de transporter : on questionne, on rêve, on sublime. Il ne s’agit pas juste de capturer une pose ou une courbe, mais de transformer le corps humain en un support d’expression transcendant les émotions. 

Nude on Couch, Imogen Cunningham

Au-delà de ces considérations premières, l’utilisation du corps dans la photographie peut être un vecteur sans conteste de revendications, un engagement particulier et subtil. On casse les codes du tabou, on démystifie la perception normée et dégradante de la femme ou l’absence incompréhensible de nu masculin dans l’art contemporain. On se positionne comme féministe, anticonformiste, moderne, progressiste. A travers la simple figuration d’un corps, peu importe sa forme, sa couleur ou sa position, on affirme une volonté et marque son engagement dans le débat public.

Encore une fois, force est de constater que le support représenté par le corps humain va largement au-delà de la première étape pornographique, ou d’un appel au sexe sans discussion. Les deux vont de pair, mais l’importance sociale particulière attribuée à cette chose que nous possédons tous nécessairement à travers les âges et les sociétés révèle sa diversité. Cela se ressent dans l’art. Cela se ressent dans la force des photographies que je vous ai proposé. D’une part, cela permet au corps d’exprimer une fibre artistique sans limite que les photographes, peintres ou sculpteurs ne se sont jamais retenus d’exploiter, mais cela permet aussi une légitimation implicite d’un engagement citoyen et sociétal. 

Margaux Audinet

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