Global(e) Resistance

Jusqu’au 4 janvier 2021, le centre Pompidou accueille une nouvelle exposition : Global(e) Resistance. En accueillant des œuvres d’artistes issus de pays du Sud, le musée devient un lieu d’inclusion et dépasse l’universalisme classique et eurocentré habituel. Les deux dernières années ont été très riches en contestations : divers débats ont secoué le monde notamment sur la question raciale, migratoire, coloniale ou encore identitaire. Cette exposition n’est finalement que la cristallisation de toutes ces polémiques.

Global(e) Resistance interroge le rapport entre l’art et le politique. La chute de l’URSS et la fin des années 1990 ont entraîné une politisation accrue de l’art, au travers des thématiques raciales, féministes, écologiques ou encore à propos de la problématique post-coloniale. Ces œuvres ne sont que l’écho de ces bouleversements mondiaux. Elles sont témoins du besoin de s’exprimer mais aussi d’éduquer. Elles soulèvent des questionnements contemporains, concernant notamment le devoir de mémoire. Cette exposition apparait donc inévitable dans une époque où l’on ne cesse de s’interroger sur notre passé.

L’art est présenté dans cette exposition comme un moyen de résistance.  Mais la résistance n’est pas inhérente à l’agressivité. Résister ne veut pas dire être violent, mais signifie être debout, ne pas changer de position. Le centre Georges Pompidou a voulu dans cette nouvelle présentation rendre hommage à toutes ces nouvelles formes d’art contestatrices. Ici, l’art donne la parole autrement à des minorités opprimées. De nouveaux moyens de résistance laissent place à un nouvel activisme, où l’art a un rôle primordial à jouer. L’art devient un mode de résistance en soi.

Avec une soixantaine d’artistes, l’exposition brasse de nombreuses thématiques comme le passé colonial et ses conséquences.

L’exposition est ponctuée des tampons de B. Toguo, qui reprend des slogans célèbres tels que « Trans Rights are Human Rights », « Black Lives Matter », « War is over, Imagine Peace ». Il interroge aussi la place de l’Afrique, avec son œuvre Rédemption, rendant hommage au panafricanisme. 

A l’heure du déboulonnement des statues, Yvan Argote tourne en dérision des statues comme avec son œuvre Etcétera  (photo). Yvan Argote interroge la vision occidentale de l’histoire et tente d’impacter le versant public. Son art est finalement une lutte pour qu’une certaine vision de l’histoire devienne l’histoire officielle.

Un autre artiste, Kiluanji Kia Henda, questionne le passé colonial de l’Angola et amorce une décolonisation portugaise avec son triptyque : photo.

Tous ces artistes soulèvent finalement des questionnements contemporains, alors que des statues pavillonnent encore l’espace public, glorifiant un passé colonial souvent douloureux pour certaines minorités.

Dans des vidéos comme The couple in the cage (1993) de Coco Fusco et Guillermo Gomez-Pena ou encore Partially Buried (1996) le rapport entre l’art et le passé colonial est flagrant. La domination et l’imposition d’une culture occidentale est interrogée. Et comme l’artiste Ben Vautier l’écrit parfois :  « La culture c’est pour impressionner les pauvres. La culture sert de prétextes à envahir les autres peuples. »

 L’art permet ici de dénoncer les dérives colonialistes en proposant une autre interprétation de l’histoire, comme le propose Malala Andrialavidrazana, dans son œuvre Figures 1861.

D’autres thématiques sont abordées et laissent une libre-expression à de nombreux artistes : Khalil Rabah évoque la situation palestinienne, Teresa Margolles la frontière mexicaine, Yin Xiuzhen les conflits armés et Nadia Kaabi-Linke l’errance des migrants et des sans-abris.

Finalement, cette exposition permet de donner la parole à ceux qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer en utilisant le langage politique en vigueur. Cette présentation est à l’intersection de diverses luttes et brasse une majorité de revendication. Elle tente d’exposer les diverses oppressions encore existantes entre racisme, sexisme, capitalisme et despotisme. Cette exposition est l’occasion d’une prise de conscience sur les problèmes actuels auxquels font face de nombreuses minorités. L’occasion de nous affranchir de notre vision plus qu’eurocentrée du monde.

Elsa Saez.