Van Gogh: l’être changeant

Van Gogh n’a pas toujours été le célèbre peintre que l’on connait. Il a d’abord été un marchant d’art , un instituteur et un prédicateur. Il décide d’entamer sa vie d’artiste sur le tard. S’essayant à la craie, à l’aquarelle, à l’huile ou encore à l’encre, il vagabonde d’atelier en atelier. Il va à plusieurs reprises changer d’horizon, tout plaquer et s’installer ailleurs.

Autoportrait au chapeau de feutre, 1887, Vincent Van Gogh – Universal History Archive

La découverte de Montmartre par son frère Théo, fait naître chez l’artiste un regain d’intérêt pour les mouvements artistiques en vogue à Paris, dont l’impressionnisme. Van Gogh apparaît comme un artiste imprévisible, il quitte le ciel grisonnant parisien pour le soleil d’Arles: des peintures du moulin de la Butte Montmartre, il passe au dessin des cyprès et peint sa propre Provence. Il semble que pour Van Gogh, ce qui importe est d’exprimer ce qu’il perçoit à travers ses toiles. Il se détache totalement de la conception philosophique de l’art: une pratique créatrice cherchant la beauté soumise à un jugement subjectif de l’individu. A la même période, Nietzsche développe dans Vérité et mensonge au sens extra-moral (1873) une doctrine selon laquelle la beauté ne peut être évaluée objectivement. Elle relève de la seule perception de l’individu, qui par la suite, pose un jugement subjectif sur l’œuvre qu’il perçoit. Van Gogh, lui, ne semble pas chercher la beauté et n’a que faire du regard extérieur, ce qui peut sans doute expliquer l’insuccès de ses toiles. Artiste maudit et incompris, il ne vendra qu’une seule toile de son vivant.

Ce n’est qu’après le décès de l’artiste que son talent fut apprécié par la critique. Ses œuvres ont énormément marqué le XXe siècle. Célèbre pour La Nuit étoilée ou Iris, ses créations retracent la vie mouvementée de l’artiste. Effectivement, elles illustrent ce que percevait l’artiste dans l’asile où il était interné.

La Nuit étoilée, 1889, Vincent Van Gogh – MoMA New York

Au cours de sa vie, durant ses nombreux voyages, il va s’intéresser à sa propre personne et s’attelle à la tâche de peindre 37 autoportraits, de se représenter sous différentes formes et avec différents procédés. Tout comme Monet et sa série de 30 représentations de la Cathédrale de Rouen (1892-1894), ces séries nous montrent que la perception est totalement changeante, mais que l’individu l’est aussi. Dans sa série d’autoportrait, Van Gogh semble insister sur le caractère évolutif de sa personne. Il n’est jamais le même faisant chaque œuvre de cette série une toile unique. L’artiste se représente selon son propre regard, le peintre se peignant lui-même évolue, et une sorte de mise en abîme magistrale nait sous les yeux éberlués du public. Tantôt barbu, tantôt l’oreille bandée, l’apparence de l’artiste change au gré de son évolution et de ce qu’il veut représenter. Ces caractéristiques physiques qui peuvent à première vue sembler importantes, ne semblent finalement plus l’être. Pourtant n’est-ce pas ce qui fait l’individu après tout?

Pour Pascal, on évolue en permanence et on ne peut se cantonner à des caractéristiques évolutives pour définir son identité. Selon le philosophe, aucunes des caractéristiques physiques ne sont « essentielles » mais plutôt « accidentelles ». Cette théorie développée dans Pensées « Qu’est-ce-que le moi » (1669) souligne que l’individu n’est pas identifiable par son physique, son paraitre mais plutôt par son être. Ainsi, Van Gogh et sa série d’autoportrait mettent en exergue le caractère « accidentel » de son physique. Il change à travers chaque reproduction et semble avoir compris que l’on ne s’identifie pas à travers son paraitre mais par son être.En effet, Van Gogh retraçait son humeur, son mal-être psychique à travers les couleurs qu’il employait. Il croyait à l’importance de ces dernières pour évoquer son état d’âme. Il choisit dans son autoportrait Portrait de l’artiste (1889) des couleurs froides pour donner plus d’intensité à son portrait. Un réel contraste s’opère au sein de l’œuvre, puisque l’artiste s’est peint avec une touche vigoureuse et nerveuse, contrairement à l’arrière plan qui est plus ondulé. Il est aussi capable d’user de couleur très sombre pour attirer l’œil vers le seul pan de clarté du tableau – son visage – et axer l’attention de l’œil sur la seule expression de la toile : les yeux. Le seul but est de traduire le mal être profond de l’artiste.

Van Gogh laissa le public interloqué par son art. En évolution permanente, il ne s’exprima pas à travers son physique mais à travers sa perception. Ainsi, pour déceler la nature de son art et de son évolution, il faut se plonger dans le regard de l’artiste.

Thomas Aguilar

Envie d’ailleurs, Joaquín Sorolla à l’hôtel de Caumont

C’est avec regret que nous constatons la fermeture des bars et restaurants et, petits étudiants que vous êtes, vous ne savez plus comment dépenser votre argent ni comment écouler votre temps. Mais Le Nouvel Aix a une idée pour vous !

L’hôtel de Caumont accueille jusqu’au 1er novembre 2020, les œuvres de l’un des plus grands noms de la peinture espagnole : Joaquín Sorolla.

« Petit-fils de Velázquez, fils de Goya », Sorolla est un peintre essentiel du mouvement impressionniste espagnol. Cette exposition est l’occasion de découvrir un peintre novateur, au travers de ses plus belles œuvres. Au détour de photographies ou d’esquisses, l’exposition nous invite à la découverte du processus de création de l’artiste.

Issu d’un milieu modeste, il se fait d’abord connaître pour ses peintures de guerre. Il finit par fréquenter les milieux artistiques internationaux et à gagner en renommée. Il se tourne ensuite vers une peinture beaucoup plus lumineuse, ce qui deviendra l’une de ses caractéristiques principales. Situé à l’embranchement entre naturalisme et impressionnisme, Sorolla est connu pour être l’un des précurseurs du luminisme : on y découvre les traits d’une Espagne lumineuse et optimiste aux couleurs éclatantes. Ces tableaux sont incontournables par les associations de couleurs et la spontanéité qui s’en dégage. Sorolla n’est pas un simple peintre : il tente de s’ériger en photographe en capturant l’immédiateté de l’instant. Une véritable authenticité se dégage de ces tableaux.

Vous l’aurez sans doute remarqué, Aix-En-Provence, en cette fin de mois de septembre, devient grise. L’exposition est donc un échappatoire pour s’évader dans un ailleurs aux couleurs printanières et estivales. Si vous rêvez de voyages au temps du coronavirus, le dépaysement est total. L’exposition est le moyen de flâner sur les plages du Nord de l’Espagne, dans une ambiance vive et lumineuse. L’occasion de retrouver le sourire dans un temps marqué par la morosité.

Elsa Saez.